Rapport entre la jeunocratie en puissance et la gérontocratie en acte en Haïti : un coup d’oeil analytique et critique

By | September 23, 2020
Rapport entre la jeunocratie en puissance et la gérontocratie en acte en Haïti : un coup d’oeil analytique et critique
Rapport entre la jeunocratie en puissance et la gérontocratie en acte en Haïti : un coup d’oeil analytique et critique

Ce vieux débat pluriséculaire faisant interagir jeunesse et vieillesse dans ce monde dit post-moderne, sans conteste aucun, pose surtout un problème sociologique intergénérationnel et intercatégoriel fondamental. Chaque société l’appréhende suivant sa vision et ses priorités, généralement définies et ordonnées dans ce qu’on peut appeler un instrument juridique fondateur qui n’est indubitablement autre chose qu’une constitution ou un document de politiques publiques. Cependant, chez nous, en Haïti, cette vision et ses priorités ne semblent peu ou prou exister que sur papier, car la condition juvénile et post-juvénile haïtienne n’est pas sérieusement pensée dans les termes classiques d’un véritable projet de société massivement intégrateur. Par contre, cette minorité haïtienne intégrée, à elle seule, souvent malheureusement dépourvue de jeunes qualifiés et compétents, ne peut pas du tout transformer le piteux état de notre formation sociale exploitée, abusée et surtout assujettie. Voilà pourquoi, si effectivement nos dirigeants veulent changer quelque chose dans ce pays m’ayant vu naître, ils doivent impérativement et surtout urgemment repenser les modalités techniques et institutionnelles de notre intégration socio-professionnelle. Ce, en évasant le cadre en vue d’engager une quantité beaucoup plus significative de jeunes diplomés afin de faire bouger plus vite la chose publique haïtienne.

En fait, en quoi cette intégration insuffisante de la jeunesse professionnelle haïtienne se veut-elle un manque aggravé pour notre société ? Peut-on vraiment penser le changement d’un pays sans l’intégration massive et planifiée de ses jeunes? Voilà la problématique que je formule sur le problème de l’intégration en Haïti, lequel est l’objet principal de ce travail intellectuel que j’ose humblement soumettre à votre si docte appréciation.

L’impossibilité de changer Haïti sans l’intégration de sa jeunesse professionnelle

Ce manque de qualification et de compétence, dont fait montre la fonction publique haïtienne, a irréfragablement, au sens où l’entend Raymond Boudon dans Effets pervers et Ordre social, des effets pervers sur le processus développemental global d’Haïti. En effet, ne pas définir et adopter des politiques publiques s’accentuant sur la valorisation professionnelle de nos jeunes techniciens et universitaires, aux yeux du patriote convaincu et ouvert que je suis, c’est se faire incontestablement fossoyeur de notre République aujourd’hui agonisante et agonisée. C’est aussi ne pas vouloir effectivement le changement réel d’Haïti, car pour changer notre condition objecto-subjective commune, il faut d’abord penser et réaliser notre changement humain juvénile, unique condition de possibilité de la transformation radicale de notre réalité sociétale. Donc, ce changement humain juvénile que je prône doit, pour piper mot catégoriquement et ceci sans filter dans ce regard réflexif qui se veut mien, devenir le principe même du faire société en Haïti.

Outre cela, la volonté commune de faire société doit, éclairée par la compétence intrinsèquement liée à la vertu privée et publique, elle aussi, devenir la cause existentifiante de notre vivre-ensemble social harmonieux. Et dans cette veine, ce nouveau vivre-ensemble social harmonieux, certainement réalisé ou conquis au prix d’un investissement massif dans la jouvence rurale et urbaine haïtiennes, en lieu et place de notre société traditionnellement jeunophobe par le haut, deviendra notre nouveau corps social, un véritable lieu d’intégration, et non une arène de disintégration de notre jeunesse, seule vraie garantie du futur de notre chère et précieuse Haïti. Et voilà sur quoi, certainement en vue de la réalisation de notre bien-être national, j’interpelle notre classe régnante, la seule à qui vraiment notre sujet collectif de peuple confie la gouvernance de son État, malencontreusement déjà trop fragile et quasi-failli. J’interpelle aussi, non seulement sur la nécessité irrévocable de la démocratisation de l’intégration professionnelle haïtienne, mais également et surtout sur celle d’une prise de conscience nationale citoyenne de l’urgence du retour obligatoire et inconditionnel à l’ordre républicain en Haïti, tout ceci afin de rééquibrer, bien sûr dans l’intérêt de tout un chacun, notre société déjà trop divisée et polarisée. Ce retour à l’ordre légalo-constitutionnel républicain dont je me fais le grand chantre dans cet article juvénilement intégrationniste doit, dans sa démarche démocratique largement inclusive, transcender les querelles de chapelle qui se font la marque fabrique de notre contexte sociopolitique actuel. Sur ce, notre salut de peuple doit nécessairement passer par le respect scrupuleux de la norme juridico-légale souverainement établie par notre puissance publique, et non par la volonté anarchiste et obscurantiste des fossoyeurs de notre république qui ne cessent de prôner l’anti-juridisme, l’anti-républicanisme, l’anti-patriotisme et l’anti-nationnalisme.

Pourquoi nos classes régnantes et dominantes sont-elles assez jeunophobes?

Quand elle est bien formée, la jeunesse incarne le changement. Par son énergie et son savoir-faire, elle peut renverser la vapeur, changer tout un monde. Pour historiquement justifier mon propos, le développement de l’Occident, dans sa grande partie, est l’oeuvre de la fougue, de la compétence et du travail massif et permanent de sa jeunesse, une jeunesse qui sait et qui peut.
Donc, intégrer notre jeunesse professionnelle, c’est offrir à Haïti bien des opportunités pour résoudre nombre de ses problèmes. La jeunesse, tout le monde le sait, symbolise le courage, l’énergie, la résilience et la motivation. Contrairement aux surâgés, déjà affaiblis par l’âge, qui peuplent vainement notre fonction publique, nos jeunes professionnels portent en eux la vigueur et la capacité de travailler rudement, ceci sans relâche pour transformer la condition humaine de chez nous. En ce sens, bien sûr nos jeunes professionnels fougueux et déterminés peuvent aider à rendre plus efficace et efficiente notre fonction publique, sans doute déjà trop exangue et moribonde par surtout le manque d’énergie de nos décrépis, le plus souvent très hostiles à la retraite. Assez lourds, lents et surtout inefficaces en besogne, ce à cause de leur décrépitude notoire, de leur amateurisme manifeste et de leur dilettantisme caractérisé, d’ailleurs publiquement connus, les vieillards de notre fonction publique, pour parler un peu comme Édmond Paul, sont aussi les causes de nos malheurs. Ils n’en peuvent plus, mais ils refusent de partir. Sont-ils des patriotes? Loin de là, car le patriote fait toujours passer l’intérêt public avant le sien propre. Nos vieillards en question sont plutôt des égoïstes, des traditionnels jeunophobes qui savent de quoi est capable la jeunesse quand elle est bien formée et disposée de moyens et matériels de travail. Ils ont peur de nous intégrer, car ils savent que nous pouvons changer Haïti, en la faisant redevenir un pays, ceci au sens plein et propre de ce terme. Nos classes régnantes et dominantes, parce qu’elles sont généralement rétrogrades et haïtianophobes, préfèrent la sinécure des vieux au travail satisfaisant des jeunes dans notre fonction publique, cette sorte de vache à lait de nos impotents vieillards.

En somme, comme l’insertion socio-professionnelle, l’intégration socio-professionnelle ne jouit d’aucune garantie institutionnelle effective en Haïti. Une seule catégorie sociale, celle des gérontocrates, domine encore notre espace décisionnel public. En fait, légions sont ces jeunes professionnels solidement formés qui se voient obligés de se migrer vers l’Europe et l’Amérique. Ces jeunes cerveaux nous fuient. Ils vont brader leur compétence ailleurs. Nos vieillards régnants et dominants les chassent. Ils n’ont ni la conscience ni la volonté pour faire pays et société avec notre jeunesse. Leurs gros égos surdimentionnés les transforment en montres, en anti-intégrationnistes, en faiseurs de jeunes pauvres et désoeuvrés, en misologues et en épistémophobes. Fort de cela, ces esprits complices et coupables de la condition populaire haïtienne, sans crainte d’être démenti, sont les vrais artisans partisans du statu quo en Haïti. Ils ont toujours été là, hier comme aujourd’hui encore, pour collaborer et travailler avec le Blanc contre le peuple haïtien. Ils connaissent tout le monde ici et ailleurs, ils supportaient tous les régimes et gouvernements passés, voilà pourquoi ils ne sont ni des sains ni des saints. Donc, force est reconnaître et de dire à haute et intelligible voix que nos gérontocrates ont échoué. Leur bilan reflète l’état de notre pays, catastrophique et indéfendable.

Pour changer notre pays, doit-on passer de la gérontocratie à la jeunocratie ?